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Expérience expatriation

Formation Devenez Trader Pro Semaine 15 Expérience expatriation

Expérience expatriation

Bonjour Benoist

J’ai vécu une expérience d’expatriation lorsque j’étais jeune. Il est clair que c’est une remise en question totale de sa vie.

Il faut partir du principe que la vie en France s’arrête à la frontière et que dans le pays choisi, c’est une nouvelle vie.

Pourquoi je me suis expatrié.

 A 25 ans j’étais attaché de direction avec un projet de dizaines d’ordinateurs sur tout le territoire Français. (Nous étions en 1978) Juste que je m’ennuyais. Tout jeune ma mère m’avait offert la collection de Jules Vernes : les voyages extraordinaires. Je les avais lus, relus et beaucoup voyagé dans ma tête.

Après 1 année, j’ai rompu mon contrat de 3 ans et suis parti dans un groupe qui avait des filiales en Afrique. Je n’ai pas choisi un lieu pour l’argent ou autre, mais pour vivre une autre vie. En Afrique mes impôts étaient élevés et au niveau espérance de vie, ce n’est pas le meilleur endroit au monde. Serpents, insectes, microbes, font partie de la vie courante.  Mais dans mon inconscient, les voyages de Jules Vernes était toujours présent.

Au niveau sécurité, il y a 35 ans, c’était génial. Les dernières années, il y a des pays où je vivais H24, avec des gardes du corps, voir camp retranché. Beaucoup moins drôle.

Toutefois, cela m’a permis de vivre une belle carrière professionnelle.

A 26 ans, j’étais marié et nous avions une petite fille d’un an. Je suis parti vivre au Gabon en novembre 1979. Pas dans la capitale, mais à 500kms de Libreville, dans la région du Haut-Ogooué entre Franceville et Moanda. Autrement dit, c’était la brousse. Je ne suis resté que moins d’un an, car j’ai été muté au siège du groupe.

L’environnement était simple. Pas de voiture, pas de télé, pas de téléphone, pas de radio, pas de journaux. Pour manger je passais mes commandes via une radio reliée à Libreville. Ladite radio était ouverte de 7h00 le matin à 18h00. Ensuite couper du monde. Et j’étais livré sous 1 ou 2 semaines. Les légumes arrivaient de France, la viande de Rhodésie. (Actuel Zimbabwe)

Pour la petite histoire, la Rhodésie était un pays où il y avait l’apartheid. Un avion venait tous les 15 jours. Il était peint de couleur foncée, n’avait pas d’immatriculation et se posait la nuit. Les pilotes n’arrêtaient pas les moteurs. Déchargement des colis et l’avion redécollait rapidos. (il n’y avait pas que de l’alimentaire dans la soute, …) C’était la brousse, mais il y avait une grande piste d’aviation à 20kms où pouvait se poser Concorde. Le président Bongo était originaire de Franceville. Inutile de dire que l’alimentation était chère. Mais le manioc, ce n’est pas mon truc.

Ce que je faisais. Je développais des logiciels de gestion pour le groupe agro-alimentaire qui m’employait.  Gros avantage, je n’avais rien à faire que de travailler. Ce que je faisais plus de 10h00 par jour, 6,5 jours par semaine.  Je suis resté sur place durant 10,5 mois sans retourner dans une ville.

Le plus difficile fut avec ma fille qui est tombée malade et qui a été mordue par un chien de brousse. Ce sont des moments compliqués à vivre.

Nous étions environ 20 couples d’expatriés sur le site. Il est très difficile de vivre en vase clos durant de nombreux mois. C’est un truc que j’ai appris et que les marins connaissent bien. Mais, c’était une excellente école pour apprendre à assumer ces actes et décisions.

J’ai continué toute ma carrière à travailler dans des pays Africains. 40 années de balades au soleil.  Par la suite, je ne faisais que de courts séjours (Quelques semaines) et en célibataire. Les années passant, il y a eu le téléphone fixe et enfin portable, la radio, la tv, internet, … Bref la « civilisation » est arrivée.

Lorsque l’on va en vacances dans un autre pays, on visite, on n’y vit pas, donc on ne connait rien du pays. 10 jours dans un club et rapporter des photos et souvenirs n’apprennent pas un pays.

Tous les pays n’ont pas la même interprétation de la démocratie. Ce n’est pas parce que c’est écrit dans le nom que c’est une réalité. Par la suite je suis allé dans des pays communistes avec conseillers Cubains, Russes…. Dans des pays en guerre, voir, vivre des coups d’état. Tout Français qui considère qu’on manque de liberté devrait travailler dans ces types de pays.

Petites histoires de mon périple Africain. Durant toutes ces années, j’ai vécu des moments drôles, difficiles, tristes. Les drôles se racontent, les autres ont les gardes pour soit, mais ça forge le caractère.

Congo Brazzaville (lorsqu’ils étaient communistes). Une nuit que je travaillais au bureau, un membre de la milice locale m’a vu. Il a mis un homme en arme devant la porte et est allé réveiller le responsable en l’insultant copieusement car il avait laissé un blanc seul dans le centre de calcul. (Le fait d’être traité de blanc, n’a jamais été un problème pour moi).

Gabon. J’ai voté pour le président. J’ai eu une carte d’électeur avec obligation de voter. Arrivé au bureau de vote, une personne a pris ma carte, l’a tamponnée et a mis un bulletin de vote dans l’urne. Surprenant, mais après tout si ça marche. J’ai gardé la carte en souvenir.

Au Cameroun, une personne de la société a été expulsée du pays, car elle avait jeté le calendrier de l’année précédente à la poubelle. Petit détail, c’était le président qui était en photo sur ledit calendrier. Irrespect du président, expulsion immédiate.

En Côte d’Ivoire. Alors que je roulais, un policier m’arrête en me disant que dans le virage, je n’avais pas clignoté.  (Mettre le clignotant de la voiture) Je lui ai expliqué que dans un virage on ne mettait pas son clignotant. Il m’a répondu que ce virage tournait beaucoup et qu’il fallait clignoter. J’ai versé mon obole et l’affaire fut classée.

Dans ce même pays, un policier m’a arrêté car je n’avais pas respecté le stop. Je lui ai expliqué qu’il n’y avait pas de panneau. Sans se démonter il m’a dit que si, mais comme ils n’avaient pas l’argent le panneau n’était pas encore installé. Le lendemain, j’ai marqué le stop et j’ai eu une autre amende pour gêne à la circulation. Pas belle la vie.

Ce type d’anecdotes, j’en ai des valises.

S’expatrier c’est d’abord et avant tout un choix de vie. Impossible de vivre dans un pays si vous n’acceptez pas de vous adapter.  Important, si déjeuner le dimanche chez les parents ou regarder un match avec les copains de toujours est indispensable il faut opter pour l’expatriation à moins d’1h de voiture.

Ce que j’en ai retiré. Une superbe expérience de vie.  J’ai appris à ne rien attendre de personne. Pour s’expatrier, il faut arrêter de vouloir être assisté. Dans de nombreux pays on a des devoirs avant d’avoir des droits. Ça change un peu de la France.

Bonne journée